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L’immigration irrégulière en Afrique : Quand le « partout ailleurs, sera mieux qu’ici » nourrit le désir de partir

Les migrations en Afrique en général et particulièrement en Afrique du Nord connaissent de nos jours une mutation rapide dans leurs flux et dans leurs formes. Alors qu’ils sont largement sous-estimés, les flux de migrants internationaux sont en train de croître à l’intérieur et à l’extérieur du continent. Les migrations sont aussi caractérisées par leur diversité et les destinations. Les pays d’Afrique du Nord sont depuis longtemps des fournisseurs de migrants, mais désormais aussi des pays de transit et de destination pour les migrants venus pour l’essentiel d’Afrique subsaharienne. Il existe une vaste gamme émergente de tendances migratoires volontaires et forcées dirigées vers des destinations internes et externes au continent.
Déjà, depuis 2005, plusieurs Européens ont découvert l’existence de certaines villes à la frontière entre l’Espagne et le Maroc en voyant ces nombreux africains, chercher au péril de leur vie, à émigrer de façon irrégulière en Europe.
C’est aussi l’aridité de l’environnement immédiat, l’absence d’espaces verts, l’inexistence de lieux de sociabilité, la défiguration de l’espace urbain, l’impression qu’on manque de libertés, le sentiment qu’on a perdu sa liberté, et qu’il n’existe qu’un seul moyen de la reconquérir, partir. Partout ailleurs, ce sera toujours mieux qu’ici.
Certains partent, aussi, parce que la famille ne les laisse pas travailler en liberté, ne leur permet pas d’économiser de l’argent, puisqu’il y a toujours quelqu’un pour venir vous emprunter votre outil de travail, vous empêcher de travailler pour que vous l’accompagniez dans quelque course, quelque mission d’où vous ne pouvez pas, socialement, vous échapper, ou tout simplement vous emprunter votre argent que vous n’aurez aucune chance de récupérer.
La pauvreté, ce sont aussi des rapports constamment conflictuels avec l’autorité. Des rapports faits de crainte, parfois de peur, la plupart du temps d’irrespect et d’incomplémentarité.
La pauvreté, c’est aussi cette comparaison permanente, totale, cette mise en perspective quotidienne par rapport à ce qu’a ou fait le voisin, un peu plus riche, dont les enfants sont partis, ou par rapport à ce qu’on voit à la télévision tous les soirs, et qu’on sent tellement proche, puisqu’il suffit d’y aller…
Si l’on n’a pas saisi tous ces éléments de la « pauvreté », une pauvreté d’abord relative, on ne comprendra rien à cette pauvreté qui vous fait émigrer, vous fait changer de continent, puisque la pauvreté absolue, la pauvreté-indigence, elle, elle ne permet pas de s’en aller.

Pourquoi veulent-ilsquitterleur pays ?

Pourquoi un tel afflux d’immigrés vers l’Occident ? Pourquoi ces gens prennent-ils des risques frôlant le suicide ? Pourquoi ? Ils se retrouvent face à un choix difficile : « Avancer, c’est mourir ; reculer, c’est mourir. Alors, mieux vaut avancer et mourir. »
Pourquoi quittent-ils alors leurs pays ? Aucun homme ne quitte son pays pour le plaisir d’immigrer. Le bonheur ?, certainement. Vouloir être heureux à tout prix, mettre sa vie en jeu et ne pas renoncer… Quelle que soit la difficulté. Quel que soit le temps qu’il faudra y consacrer car l’envie de réussir est persistant. Il faudra dès lors détecter les causes qui peuvent être multiples.

L’économie en recul ?

Depuis la décolonisation, on voit l’accentuation du sous-développement. L’Afrique subsaharienne doit importer la majorité des produits industriels et de consommation dont elle a besoin. Ceux-ci ont des coûts de plus en plus élevés, en raison de la forte dévaluation de la plupart des monnaies. Aussi la dette extérieure augmente dangereusement. De plus, les cultures vivrières qui doivent alimenter les populations sont sacrifiées au bénéfice de cultures d’exportation, au nom de l’impératif du développement. Or, les pays du Sud n’ont aucune prise sur la fluctuation des cours de ces cultures qui sont fixés unilatéralement par les pays industriels occidentaux. Devant faire face à la faim, la population doit chercher un endroit où le manger ne fera pas partie de la préoccupation quotidienne. Une sorte de terre promise, pays du salut. Et cet endroit, c’est l’Occident.

La politique

La seconde cause de migration est bien sûr l’injustice sociale et la grande précarité. Depuis la fin de la guerre froide, les aides se sont effondrées à des niveaux jamais connus. L’Afrique ne joue plus son rôle de partenaire, et elle doit traiter à leurs conditions avec les grandes multinationales occidentales, et les institutions financières internationales. La lutte pour le pouvoir et l’accès aux richesses a ouvert des conflits intérieurs et extérieurs de plus en plus dévastateurs. Un Africain sur cinq vit une situation de guerre ; et la violence est en train de devenir le mode usuel des relations sociales entre cadets et aînés, riches et pauvres, ethnies et religions différentes.
L’instabilité socio-politique de nombreux pays du continent fait partie des causes de l’essor de l’immigration irrégulière. En effet, les jeunes Etats africains sont bien souvent fragilisés par les crises socio-politiques cycliques consécutives à des processus électoraux contestés ou des transitions politiques chaotiques.

En Afrique subsaharienne, certains pays comme le Ghana, le Sénégal et le Bénin représentent des exemples pertinents qui ont su exorciser ce sort tragique commun à plusieurs pays de la sous-région ouest africaine. Depuis un peu plus d’une décennie, les échéances électorales se déroulent dans la plupart des cas dans des conditions pacifiques et transparentes. Ce qui contribue à l’ancrage des acquis démocratiques et à renforcer leur stabilité socio-politique.

Que faire face à cette situation persistante ?
Dans une certaine mesure on peut dire que la solution est déjà à la portée des pays Africains. Le chômage est certes un facteur incontournable favorisant l’immigration clandestine. Créer des emplois n’est donc pas une proposition négligeable. Sans aucune intention de vouloir la balayer du revers de la main, je la juge en revanche assez simpliste. À chaque discussion autour de l’immigration clandestine, elle revient au point que l’on ne se réfère plus à certains aspects techniques et stratégiques incontournables pour aboutir à une solution concrète et durable.
L’immigration clandestine ne sera plus qu’un souvenir quand les dirigeants des pays Africains comprendront l’importance de développer l’Afrique. Il faudrait dès lors, essayer de transformer sur place, dans notre continent car, nous avons les potentialités. Ce développement ne sera jamais une réalité si nous passons notre temps à penser à l’aide extérieure et à exporter nos richesses au lieu de les transformer sur place. Il ne sera jamais une réalité si nous ne prenons pas nos responsabilités en imposant des partenariats profitables à l’Afrique. Les plus grands groupes industriels implantés sur le continent n’appartiennent pas aux pays Africains. Ceux qui empêchent nos jeunes de rester vivre chez eux aujourd’hui détiennent l’or du Mali, le cacao et l’huile de palme de la Côte d’Ivoire, le diamant du Congo, l’uranium du Niger, le coton du Burkina. Ils exploitent toutes ses richesses à partir de contrats signés avec nos gouvernements, les transfèrent chez eux pour la transformation finale avant de revenir nous les revendre plus chers. Depuis combien d’années ce système existe-t-il ? Comment l’Afrique peut-elle avoir les moyens de se développer dans ces conditions, même si ces sociétés créer des emplois ?
Dans ces différents questionnements, il faut voir le global et faire des études approfondies sur le terrain et de manière consensuelle. Ce qui implique, la participation de tous les Africains pour un avenir du continent prometteur.
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